Amphis de l’officine : le pharmacien, acteur de la prévention
Déjà très impliqués dans la vaccination antigrippale, les pharmaciens d’officine pourraient mettre leurs compétences au service de nombreuses autres actions de prévention.
Par FSPF
•5 octobre 2020
« L’épidémie de coronavirus aura été un véritable révélateur de la quasi absence de politique de prévention dans notre pays », lance Philippe Besset en introduction de la deuxième édition des Amphis de l’officine organisés par la FSPF et dont le thème portait cette année sur « Le pharmacien d’officine, acteur de la prévention ». « Les budgets consacrés à la prévention et ceux alloués aux soins sont non comparables et les actions menées dans le domaine de la prévention sont la plupart de temps des actions pro bono, très rarement financées par les pouvoirs publics », poursuit le président de la FSPF.

Philippe Besset (FSPF).
« Les pharmaciens d’officine sont sous-utilisés dans le domaine de la prévention », déplore de son côté Fabrice Camaioni, président de la commission Métier pharmacien de la FSPF. Pourtant, affirme-t-il, les officinaux présentent des atouts : « Professionnels de santé de proximité, ils sont accessibles facilement, sans rendez-vous, et pendant des plages horaires extrêmement larges. Ils sont présents sur l’ensemble du territoire alors que la sous-densité médicale touche aussi bien les campagnes que les grandes villes. »
La clé de la rémunération
Selon lui, les actes de prévention doivent être formalisés, tracés, et s’effectuer en interprofessionnalité. Mais pour Fabrice Camaioni, le défaut de rémunération reste l’un des freins au développement des missions de prévention dans les pharmacies. Félicia Ferrera, vice-présidente de l’URPS Pharmaciens Provence-Alpes-Côte d’Azur, pense, elle aussi, que les actions de prévention nécessitent d’être davantage valorisées. « La valorisation représente des moyens financiers et techniques, mais aussi des outils pour évaluer et montrer ce que l’on fait », explique-t-elle. Car aujourd’hui, « les actions de prévention pro bono quotidiennes que nous faisons tous » passent souvent inaperçues aux yeux des pouvoirs publics.

Félicia Ferrera (URPS Pharmaciens PACA).
Cependant, dans le cadre du champ conventionnel, les pharmaciens mènent déjà certaines missions de prévention rémunérées, telles le dépistage des angines bactériennes ou la vaccination contre la grippe. Et avec succès. « Nous sommes très satisfaits de l’implication des pharmaciens dans la vaccination antigrippale et très demandeurs d’une implication plus large », affirme ainsi le Pr Élisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la Haute Autorité de santé (HAS). Et de rappeler que des discussions sont actuellement en cours sur un élargissement du champ des vaccins de l’adulte que pourraient administrer les officinaux.
La vaccination contre la Covid-19 en fera-t-elle partie ? « C’est à discuter », répond Élisabeth Bouvet qui ne semble pas y être opposée, d’autant que les populations cibles seront proches de celles concernées par la vaccination contre la grippe. Les conditions strictes de conservation et de respect de la chaîne du froid de certains vaccins anti-Covid représentent, à ses yeux, un argument supplémentaire en vue de « positionner les officines pour les délivrer et éventuellement les administrer ».

Fabrice Camaioni (FSPF).
La vaccination encouragée
Emmanuelle Cohn, adjointe à la sous-direction du pilotage de la performance des acteurs de l’offre de soins au ministère de la Santé, compte également sur l’engagement des pharmaciens pour la prochaine campagne vaccinale. « Nous souhaitons encourager la vaccination de la population pour différencier le diagnostic avec la Covid-19, ainsi que celle des professionnels de santé afin d’éviter une perturbation de l’organisation des soins », explique-t-elle.

Emmanuelle Cohn (ministère de la Santé).
Les patients aussi se félicitent de l’investissement des pharmaciens dans la prévention de la grippe. « Nous voyons d’un très bon œil la vaccination en officine, surtout si cela permet d’augmenter la couverture vaccinale », indique Claude Chaumeil, vice-président de la Fédération française des diabétiques (FFD), association qui mène régulièrement des opérations de dépistage en pharmacie. « Avec les semaines de prévention organisées chaque année, les pharmaciens ont d’abord proposé de façon ponctuelle un dépistage du diabète à leurs patients, souligne Fabrice Camaioni. Aujourd’hui, ce dépistage se fait toute l’année. Le pharmacien acteur de la prévention a fait son chemin dans la population. » Au-delà du diabète, les officinaux peuvent également jouer un rôle dans la détection des patients migraineux qui s’ignorent, comme le souligne le Dr Michel Lanteri-Minet, neurologue au CHU de Nice (voir encadré ci-dessous).
De nouvelles pistes
Quoi qu’il en soit, la FSPF veut aller plus loin. Dans le cadre du « Ségur de la santé », elle a ainsi fait trois propositions pour renforcer le rôle du pharmacien dans la prévention. Elle souhaite que la vaccination contre la grippe soit étendue à toute la population ; que les officinaux puissent pratiquer les rappels de vaccins de l’adulte ; que la réalisation de tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) soit élargie à d’autres pathologies et que l’Assurance maladie prenne en charge des produits dispensés sur conseil pharmaceutique dans le champ de la prévention. Philippe Besset défend également l’idée d’un entretien de prévention à différents âges de la vie (25 ans, 45 ans, 65 ans) sur le modèle des rappels de vaccins.
Mais, « tout cela ne pourra se faire sans moyens financiers », prévient le président de la FSPF. Pour lui, soit on revalorise l’acte de dispensation du pharmacien, soit on rémunère de façon spécifique les actes de prévention. Car aujourd’hui, « la part de la prévention est insignifiante dans les comptes d’exploitation, malgré la vaccination », remarque Joël Lecoeur, président du groupement CGP (Conseil gestion pharmacie).

Denis Millet (FSPF).
« En moyenne, la vaccination représente 700 euros de marge par an », rapporte Denis Millet, président de la commission Études et Stratégie économiques de la FSPF. Mais tous les pharmaciens n’ont pas vacciné et un vaccinateur moyen gagne environ 1 400 euros de marge par an. « Il ne faut pas se dire que ces nouvelles missions vont nous rapporter immédiatement beaucoup de marge », souligne Denis Millet, tout en prônant une nouvelle organisation des officines permettant de s’engager dans ces missions qui s’inscrivent dans l’amélioration de la santé publique.