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Les dossiers de la Fédé

Bilan du Tour de France : la convention étape par étape

Pendant près de quatre mois, les représentants de la FSPF sont allés à la rencontre des confrères pour décrypter et expliquer la nouvelle convention.

Par FSPF

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8 mars 2023

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Démarré le 3 octobre de la Maison des pharmaciens, à Paris, le Tour de France de la convention s’est achevé le 30 janvier en revenant à son point de départ. Au total, plus de 1 500 titulaires, membres des équipes officinales ou étudiants ont participé aux débats qui ont animé chacune des 13 étapes. Membres du bureau national de la FSPF, représentants syndicaux locaux et experts se sont ainsi succédé à la tribune pour décortiquer les enjeux de ce nouveau contrat avec l’Assurance ­maladie. C’est le cas notamment de son directeur général, Thomas Fatôme, présent dès la première étape. « Cette convention est importante pour l’Assurance maladie, sur le plan de l’évolution du métier mais aussi pour la santé publique et celle des ­assurés sociaux tout simplement », explique-t-il.

Une semaine plus tard, à Marseille, ­l’accent est mis sur la vaccination. « C’est le cœur du réacteur de cette convention », lance alors Philippe Besset, président de la FSPF. Pour le professeur ­Philippe ­Brouqui, infectiologue à l’hôpital de la Timone à Marseille, l’élargissement des compétences des pharmaciens en matière de vaccination est une très bonne chose, la France ayant besoin d’améliorer la couverture vaccinale contre certaines pathologies. S’agissant de la prescription officinale de vaccins, il souligne toutefois que « ce n’est pas un geste anodin dont vous devrez prendre la responsabilité ». Mais, relativise-t-il, « le vaccin est l’un des plus sûrs de tous les médicaments », les effets secondaires graves étant extrêmement rares.

Salle comble et attentive lors de l’étape lyonnaise.

À Lyon, le thème de la soirée porte cette fois sur les dépistages à l’officine. Car au-delà de la vaccination, les officinaux auront en effet un rôle important à jouer dans les dépistages des angines à ­streptocoque du groupe A ou des cystites simples et dans la prévention du cancer colorectal. « Plus on dépiste, moins le coût sociétal est important. Plus on teste rapidement, plus vite on traite les patients et moins ils transmettent la maladie. Et plus on vaccine, plus on améliore la couverture vaccinale », souligne le Pr Frédéric Laurent, microbiologiste à l’Institut des agents infectieux des Hospices civils de Lyon et enseignant à la faculté de pharmacie.

Accès aux soins

Les missions d’accompagnement des patients à l’officine sont au centre de l’étape de Nancy qui se tient le 7 novembre. C’est également la date de l’entrée en vigueur de plusieurs dispositions prévues par la convention, telles que l’extension des honoraires spécifiques aux grands conditionnements à l’ensemble des présentations trimestrielles, la revalorisation de l’acte lié à l’administration de vaccins ou encore la mise en place des entretiens courts « Femme enceinte ». « Il faut vous lancer ! », affirme Philippe Gaertner, convaincu de l’importance pour les pharmaciens de développer les accompagnements pharma­ceutiques dans leur officine.

« Avec la vaccination, ils font partie des éléments qui ont changé le regard des patients vis-à-vis des pharmaciens », estime le président honoraire de la FSPF. Il faut dire qu’aujour­d’hui, plus personne ne conteste la place du pharmacien dans le système de santé. Dans le monde, un patient sur deux y entre par l’intermédiaire d’une officine, contre un quart via un cabinet médical, souligne Sophie Sergent, ancienne membre du bureau national de la FSPF et ex-conseillère d’Olivier Véran au ministère de la Santé, lors de l’étape d’Amiens consacrée à l’amélioration de l’accès aux soins. Et, à l’horizon 2030, la pharmacie sera en France la deuxième porte d’entrée, derrière la télémédecine, selon un rapport de 2015 du cabinet Asterès. À condition de préserver le maillage officinal.

Comme le prévoit le Code de la santé publique (CSP), « nous devons nous poser la question, avec l’Assurance maladie, d’objectifs quantifiés d’évolution du réseau et étudier les mesures favorisant ou maintenant l’offre pharma­ceutique dans tous les lieux du territoire », explique Jocelyne Wittevrongel, présidente du collège « Pharmacie d’officine » de la Haute Autorité de santé (HAS), ancienne secrétaire générale de la FSPF et ex-prési­dente de l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS), à l’occasion de l’étape de Besançon. La nouvelle convention précise qu’un décret au CSP et les évolutions constatées de l’activité officinale ouvriront la possibilité de déterminer les dispositions nécessaires afin d’optimiser le réseau officinal.

Exercice coordonné et qualité

À Nantes, la lumière est portée sur l’exercice coordonné. C’est l’un des cinq critères obligatoires (sur un total de quinze) à ­remplir pour pouvoir prétendre à la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) pour le développement du numérique en santé et l’amélioration de l’accès aux soins. Selon Florent Pouget, directeur de l’offre santé et en faveur de l’autonomie de l’agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire, cette organisation entre professionnels permet de « fluidifier et de sécuriser les parcours de soins des patients, mais aussi de développer la prévention et l’éducation à la santé ».

Denis Millet, secrétaire général de la FSPF, expose les grandes lignes de la convention à Nantes.

Le bon usage des produits de santé et, plus particulièrement, la démarche qualité à l’officine, sont au programme de l’étape de Rouen. Une démarche « simple, rapide et bénéfique pour vous, vos équipes et vos patients », insiste Carine ­Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens.

L’étape de Rennes entend faire le point sur le virage numérique sans pré­cédent prévu par la convention et le Ségur. Dans ce contexte, Xavier Vitry, directeur de projet à la délégation ministérielle du numérique en santé (DNS), rappelle la nécessité pour les titulaires de commander rapidement auprès de leur éditeur un logiciel certifié « Ségur ». Leur intérêt ? « Ils vont intégrer les évolutions du métier alors que, jusqu’à présent, ils étaient essentiellement centrés sur la facturation et la gestion de stock », explique Xavier Vitry.

A Rennes, Xavier Vitry (DNS) explique les évolutions apportées par les logiciels métier certifiés « Ségur ».

Formation et environnement

À Toulouse, les enjeux environnementaux et de développement durable sont au cœur des discussions. La prise en compte de ces sujets est en effet inscrite noir sur blanc dans la convention. Les officinaux ont tout intérêt à s’en préoccuper. La responsa­bilité sociale des entreprises (RSE), c’est-à-dire leur contribution aux enjeux de développement durable, « c’est le facteur d’attractivité des pharmacies de demain pour recruter des collaborateurs comme de nouveaux patients, et prendre des parts de marché », affirme Olivier Toma, fondateur de l’agence Primum Non Nocere, dont le rôle est d’accompagner les établissements de santé dans leur stratégie RSE.

La forma­tion est également l’un des thèmes abordés lors de ce Tour de France, dans un contexte de pénurie de personnel et de crise des vocations. La réforme du premier cycle avec deux voies d’accès (Pass, parcours d’accès spécifique santé, et LAS, licence option accès santé) « peut être considérée comme intéressante mais elle est d’une telle ­complexité à mettre en œuvre que l’on perd des étudiants », déplore Nicolas Sevenet, doyen de la faculté de Bordeaux, qui accueille la huitième étape, remarquant que, au-delà, « trop peu souhaitent faire pharmacie ». Résultat, tandis que le réseau aurait besoin d’embaucher 15 000 pharmaciens, 1 100 places étaient vacantes à la rentrée 2022 dans les facultés.

Les parte­naires conventionnels n’ont bien entendu pas oublié de parler d’économie. Mais le sujet ne sera abordé que dans un second temps, d’ici à quelques mois. « Nous sommes au milieu du travail conventionnel et nous allons bientôt démarrer les négociations sur l’économie de l’officine afin ­d’aboutir à un avenant d’ici à la fin de l’année », indique Philippe Besset, à Tours. En attendant, Jean-Marc Aubert, président de Iqvia France relève que depuis 2018, même sans les services et produits liés à la Covid-19, le chiffre d’affaires des officines progresse, à hauteur de 3,8 % par an. Mais attention, tempère-t-il, au même moment, l’inflation progresse de 6 % chaque année. « On voit bien que des négociations seront nécessaires en 2023 pour maintenir un équilibre économique », ­souligne Jean-Marc Aubert.

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