Budget de la Sécurité sociale : l’automne sera chaud
La crise sanitaire est désormais derrière nous et le gouvernement entend bien reprendre en mains les dépenses de santé.
Par FSPF
•10 juillet 2023
L’heure de la fin du « quoi qu’il en coûte » a sonné. Après les années marquées par les dépenses exceptionnelles de l’État pour juguler les conséquences de la crise sanitaire, puis les hausses des dépenses énergétiques et de l’inflation liées au conflit ukrainien, le gouvernement entend mettre le pied sur le frein et « revenir à la normale » en matière de finances publiques. Dans ce contexte, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2024 promet d’être serré. Pas moins de 10 milliards d’euros d’économies ont d’ores et déjà été identifiés par l’exécutif qui veut réduire notamment les dépenses liées aux arrêts de travail et, bien sûr, celles des médicaments, comme l’a expliqué le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, à l’occasion des « Assises des finances publiques » qui se sont tenues en juin. « Le vieillissement de la population et les technologies de pointe utilisées dans le domaine médical conduisent mécaniquement à une explosion des dépenses [sociales] », a-t-il souligné. C’est le cas notamment des frais de santé, dont la prise en charge va, selon lui, « exploser sur le principe de réalité si chacun ne fait pas preuve de davantage de responsabilité ».
Responsabilisation
« La gratuité ou la quasi-gratuité peuvent conduire à déresponsabiliser le patient, ce qui explique notamment que l’achat de médicament soit encore si élevé en France », l’un des plus hauts des pays développés, fait remarquer le ministre de l’Économie, pointant aussi le rôle des prescripteurs. « Chaque médecin généraliste prescrit en moyenne l’équivalent de 730 000 euros par an, c’est-à-dire 450 euros par patient », indique-t-il. Pour lui, il faut mettre fin aux dépenses de confort. « Nous devons protéger les plus fragiles, ceux qui souffrent d’affections de longue durée, être plus stricts sur les autres dépenses de santé, en particulier les dépenses de médicaments », estime Bruno Le Maire qui considère qu’il faut cesser de « faire croire que le meilleur contrôle de l’aide médicale de l’État ou la lutte contre la fraude fiscale et sociale, si nécessaire soient-ils, suffirait à équilibrer nos comptes ».
Tour de vis
Pour rétablir la situation, des pistes seraient à l’étude, aucune décision n’étant actée pour le moment. L’une, qui tiendrait la corde, consisterait à augmenter la franchise appliquée aux spécialités pharmaceutiques. Instaurée en 2008, cette franchise est actuellement fixée à 0,50 euro par boîte de médicament remboursé, dans la limite de 50 euros par an. Or, selon les calculs du gouvernement, la doubler permettrait de récolter entre 500 et 600 millions d’euros supplémentaires chaque année. Mais le tour de vis annoncé est loin de plaire au président de la FSPF. « C’est un problème de restreindre l’accès aux soins et surtout au médicament », affirme Philippe Besset, soulignant que rien n’indique si c’est le montant de la franchise ou le plafond annuel qui sera augmenté. « Pour l’instant, on ne sait rien de précis sur cet éventuel relèvement de franchise, mais ce qui est sûr, et je l’ai déjà dit au ministère, c’est qu’il n’est pas question de faire des pharmaciens des collecteurs d’impôt », c’est-à-dire de « demander de l’argent aux patients pour payer la franchise directement au comptoir ». Il prévient qu’il sera « très vigilant sur le PLFSS 2024 » au sujet duquel il s’attend à « des surprises ». « L’automne sera chaud », prédit le président de la FSPF. D’autant que les discussions autour de ce PLFSS se dérouleront en même temps que les négociations économiques avec l’Assurance maladie.