Coronavirus : la FSPF sur le pied de guerre
Depuis plusieurs semaines, l’épidémie de coronavirus a plongé la France dans la stupeur et l’effroi. Et propulsé les pharmaciens en première ligne de la bataille contre le Covid-19.
Par FSPF
•16 avril 2020
Le 18 février, le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, réunit l’ensemble des professionnels de santé, dont les pharmaciens, pour répondre au risque épidémique causé par le coronavirus apparu à la mi-décembre à Wuhan, en Chine. La France se prépare. D’abord tranquillement, mais sûrement. Puis soudain tout s’accélère.
Devant l’augmentation du nombre de cas recensés dans l’Hexagone depuis la fin janvier, le 4 mars, l’État réquisitionne l’ensemble des masques de protection, notamment ceux détenus par les pharmaciens d’officine et, le 6 mars, encadre les prix des gels hydroalcooliques pour stopper l’explosion des tarifs observée, comme le souhaitait d’ailleurs la FSPF, afin « que l’on garde la confiance des Français dans ces moments difficiles ».
Pénurie de gel hydroalcoolique
Pour faire face à la pénurie de gel hydroalcoolique, la FSPF demande au ministre de la Santé l’autorisation de préparer dans les officines des solutions hydroalcooliques selon la formule de l’Organisation mondiale de la santé. Une enquête réalisée par le syndicat montre que plus de 96 % des pharmaciens n’en ont déjà plus dans leurs rayons, mais plus de la moitié sont tout à fait prêts à en fabriquer eux-mêmes. Le 7 mars, ce droit leur est accordé.

Afin de pallier la pénurie, la FSPF plaide pour que les pharmaciens puissent préparer de la solution hydroalcoolique dans leur officine. (© AdobeStock_AYGUL BULTÉ)
Mais l’épidémie ne cesse de s’étendre et le gouvernement déclare « la fermeture effective de tous les lieux publics non indispensables à la vie du pays » à partir du 16 mars, dont tous les établissements scolaires et universitaires. Seuls peuvent rester ouverts les commerces alimentaires, les stations-services, les banques ou encore les pharmacies, que le ministre de la Santé a notamment chargées de délivrer les masques de protection aux professionnels de santé.
Un nombre insuffisant de masques
Le 16 mars à 20 h, sur les recommandations du conseil scientifique mis en place pour guider le gouvernement dans sa gestion de la crise du coronavirus, le président de la République annonce le confinement de la population pour quinze jours, au moins. « Nous sommes en guerre », affirme à six reprises Emmanuel Macron, sonnant la « mobilisation générale » contre un « ennemi […] invisible, insaisissable ».
« La guerre est déclarée, mais nous menons une guerre sans armes ni réserves, déplore quelques jours plus tard Philippe Besset au journal de 20 h de TF1 le 19 mars. Cela fait des jours et des jours que l’on s’époumone à demander des masques. Ils ne sont pas là. Nous attendons que le gouvernement accélère la production. » Pour le président de la FSPF, « aujourd’hui, la situation ne permet pas d’assurer la sécurité de l’ensemble des professionnels de santé ».

Frédéric Loup, coprésident FSPF 75 sur CNews.
Déjà, deux jours plus tôt, sur le plateau de l’émission Punchline de la chaîne CNews, il affirmait qu’il « est temps de dire la vérité aux Français : nous n’avons pas assez de masques ! La seule mesure barrière sera donc l’éloignement de plus d’un mètre entre chaque personne. »
Les préparateurs oubliés
Philippe Besset s’inquiète également de la différence de traitement infligée aux préparateurs, eux aussi en première ligne pour affronter ce virus. Ces membres de l’équipe officinale ont en effet été oubliés des dispositifs exceptionnels mis en place pour les soignants. Du coup, ils ne peuvent bénéficier ni de masques ni du système de garde établi pour les enfants des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire.

Philippe Besset demande au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, que les préparateurs soient inclus dans la liste des professionnels de santé susceptibles de bénéficier du dispositif de garde d’enfants des personnels prioritaires et soignants.
Après avoir interpellé sur cette situation injustifiée et inacceptable le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sur le plateau de CNews le 17 mars, il décide d’alerter également le ministre de la Santé. Dans un courrier adressé à Olivier Véran le 19 mars, il lui demande d’inclure les préparateurs en pharmacie non seulement dans la liste des professionnels de santé susceptibles de bénéficier de masques de protection issus du stock national, mais aussi dans celle des professionnels pouvant accéder au dispositif de garde d’enfants.
Limitation de la vente de paracétamol
Un sentiment de panique s’empare des Français qui se ruent dans les supermarchés pour faire des stocks et dans les pharmacies pour faire le plein de paracétamol. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) décide alors qu’à partir du 18 mars les ventes de paracétamol seront limitées à une seule boîte (500 mg ou 1 g) par patient ne présentant aucun symptôme, ou 2 boîtes (500 mg ou 1 g) maximum en cas de symptômes (douleurs et/ ou fièvre).

Philippe Besset, président de la FSPF, lors d’une édition spéciale coronavirus du 20 h de TF1.
Dans le même temps, la vente en ligne de médicaments à base de paracétamol, ainsi que ceux contenant de l’ibuprofène ou de l’aspirine, est suspendue. Par ailleurs, les modalités de renouvellement des prescriptions pour des traitements chroniques sont adaptées à la situation de crise sanitaire.
Lancement de « Discovery »
Le 22 mars, l’essai clinique européen pour évaluer les médicaments candidats au traitement contre le SARS-CoV-2 est lancé. Baptisé « Discovery », il est coordonné en France par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L’objectif est « d’évaluer l’efficacité et la sécurité de quatre stratégies thérapeutiques expérimentales qui pourraient avoir un effet contre le Covid-19 au regard des données scientifiques actuelles », indique l’Inserm.
Sont ainsi testés, le remdésivir développé par le laboratoire Gilead pour traiter initialement la maladie à virus Ebola et les infections à virus Marburg, l’inhibiteur de protéase lopinavir en combinaison avec l’antirétroviral ritonavir (ce dernier étant associé ou non à l’interféron bêta), et enfin de l’hydroxychloroquine qui fait polémique au sein de la communauté scientifique.
Mesures d’urgence sanitaire
Le 23 mars, la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 est publiée au Journal officiel. Ce texte contient une série de mesures exceptionnelles dont l’instauration d’un dispositif d’état d’urgence sanitaire. Il permet d’affermir les bases légales sur lesquelles reposaient jusqu’ici les mesures prises pour gérer l’épidémie : limitation de la liberté d’aller et venir, d’entreprendre et de réunion, réquisition de tout bien et service nécessaires, mesures temporaires de contrôle des prix. Il prévoit des dispositions d’urgence économique telles que le soutien à la trésorerie des entreprises afin de limiter les faillites et les licenciements, l’adaptation du droit du travail ou l’assouplissement des dispositions relatives à la garde d’enfants.

Christophe Cluzel, président FSPF 78, dans un reportage du journal de 20 h de TF1.
Le même jour, la FSPF annonce avoir conclu un partenariat avec la Croix-Rouge française mettant en place un service gratuit de livraison de médicaments à domicile pour les personnes les plus fragiles. « L’objectif de ce service, qui s’effectue dans le respect des règles de déontologie et d’exercice en vigueur dans la profession pharmaceutique, est d’assurer la continuité des traitements de ces patients dont le déplacement est très difficile ou dangereux pour eux et qui n’ont personne pour les aider », explique le syndicat.
Pont aérien
Le 24 mars, la barre des 1 000 décès liés à l’infection par le SARS-CoV-2 est franchie et tous les départements français sont désormais considérés à risque d’exposition. Le Premier ministre, Édouard Philippe, annonce le lendemain qu’« un pont aérien » avec la Chine va être mis en place pour acheminer les masques de protection commandés par l’État français et les collectivités.

Jocelyne Wittevrongel, secrétaire générale de la FSPF sur BFM TV.
Quelque 250 millions ont été achetés par le gouvernement tandis que sept régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Hauts-de-France, Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur) se sont elles-mêmes portées acquéreuses de 38,7 millions de masques pour équiper les soignants et les personnes qui assurent les services essentiels.
Soutien de la population
Aujourd’hui, la crise n’est pas finie et la situation évolue encore de jour en jour. Dans ce contexte exceptionnel, la FSPF a mis en place dès les premiers instants des mesures permettant de protéger ses équipes tout en garantissant à ses adhérents une disponibilité et une continuité de services optimale. Car la profession est particulièrement engagée pour vaincre cette épidémie, comme le reconnaît lui-même le ministre de la Santé : « J’en profite pour remercier du fond du cœur les pharmaciens d’officine qui depuis le premier jour se mobilisent dans des conditions que je sais difficiles. »

Marion Hecquard, vice-présidente FSPF 14, invitée de l’émission spéciale sur le coronavirus de France 2 présentée par Michel Cymes le 3 mars 2020.
Une prise de parole qui ne laisse bien sûr pas indifférent Philippe Besset. Mais, « ce qui importe le plus » aux yeux du président de la FSPF, c’est que les pharmaciens d’officine soient « soutenus par la population », comme il l’a expliqué, au micro d’Europe 1, le 24 mars.