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DP-Ruptures : peut mieux faire

Outil méconnu et peu usité, le système générant les déclarations de ruptures d’approvisionnement gagnerait à être perfectionné.

7 décembre 2023

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© Nicolas_Kovarik

Quand il a été développé en 2015, le DP-Ruptures n’a pas été mis en valeur au sein des logiciels métier. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles cet outil, ­pourtant pleine­ment dans l’actualité, peine à se faire connaître. Si l’immense majorité des officinaux en dispose, la plupart n’en connaissent pas bien les fonctionnalités. Une table ronde réunissant autour de ­Philippe Besset des experts de la thématique s’est attelée à faire le point sur son potentiel et à évoquer les améliorations qui pourraient lui être apportées.

Un fonctionnement simple

Comme l’a expliqué Pascale Gerbeau-Anglade, vice-présidente du Conseil central B de l’Ordre des pharmaciens, son fonctionnement est simple : « Lorsqu’une commande est passée et qu’elle n’est pas honorée au bout de 72 heures, une déclaration est faite automatiquement auprès du laboratoire exploitant. Ce dernier reçoit l’information, tout en ayant conscience que l’officine demandeuse n’est pas forcément à cours de cette spécialité mais qu’elle est au bord de la rupture. » Le flux de messages est colossal, selon la pharmacienne industrielle. « En réponse, arrive dans le DP-Ruptures de la pharmacie un message pour expliquer la situation, qui peut notamment indiquer que le labo a encore du stock. » Car c’est bien là que le bât blesse : le dialogue se fait directement entre le pharmacien et le laboratoire exploitant, alors que la demande de produit a, en réalité, été envoyée au grossiste-répartiteur. La réponse dans DP-Ruptures peut donc légitimement sembler incompréhensible au pharmacien, si le grossiste, lui, n’a pas été achalandé.

Imprécision et lacunes

Pour Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (Cnop), il serait préférable de parler de ruptures d’approvisionnement plutôt que de ruptures de stock « car ce n’est pas parce que la pharmacie n’est pas approvisionnée qu’il existe un problème de stock ». La présidente de l’Ordre national des pharmaciens ne cache pas non plus l’une des limites du DP-Ruptures : « Lorsqu’en réponse à une commande de dix boîtes, l’officine n’en reçoit que quatre », l’outil ne fera pas remonter le problème.

Ailleurs

C’est aussi ce que pointe Alain Delgutte, membre du Cnop : « Les ruptures de stock, c’est une chose. Mais les tensions, les livraisons partielles… c’est un autre phénomène, également difficile à gérer. » Pour celui qui est aussi président du Groupement pharma­ceutique de l’Union européenne (GPUE), il est pertinent d’observer ce qui se passe ailleurs en Europe car les autres pays ont développé de leur côté des outils originaux. Ainsi, l’Espagne, la Belgique, la Bulgarie ou la Pologne ont mis en place des systèmes intégrant plus ou moins d’interactions avec les prescripteurs notamment, et qui s’appuient parfois sur la sérialisation pour tracer les stocks. « Il y a des pistes de réflexion à creuser, ce qui montre qu’on peut faire évoluer le DP-Ruptures », analyse Alain Delgutte. Et de rappeler que les Français disposent depuis toujours d’un bouton DU, c’est-à-dire « dépannage ­d’urgence », sur le tableau de bord de l’outil, tout en confiant que ce canal de recours est peu usité. « Ce bouton devrait être bien mieux signalé car c’est un élément très intéressant », souligne Philippe Besset, même si, comme Carine Wolf-Thal l’indi­que, très peu de laboratoires ont mis en service cette voie d’accès aux dépannages, et qu’ils l’ont réservée à un petit nombre de références.

Une contrainte nécessaire

Pour l’ensemble des experts présents autour de la table, la priorité est claire : il s’agit de faire progresser l’aide aux pharmaciens, et par conséquent à leurs patients, pour accéder aux traitements. Si cela passe probablement par une meilleure communication entre les différents acteurs de la chaîne du médicament, l’Ordre appelle à l’ajout d’un vecteur législatif pour que la bonne participation aux différents dispositifs soit rendue obligatoire pour chacun des partenaires. Pour sa présidente il est clair que « lorsqu’il est facultatif, nous ne sommes pas sûrs qu’un outil soit réellement opérationnel ».

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