Économie de l’officine : à l’épreuve des chiffres
L’analyse des paramètres économiques met en lumière un équilibre fragile des officines notamment maintenu par la concentration du réseau.
Par FSPF
•12 avril 2021
Le début de l’année 2021 est morose pour l’économie de l’officine. Le chiffre d’affaires (CA) est en baisse sur tous les postes et la marge brute (marge commerciale et honoraires) est en net recul : – 11,7 % en janvier et – 11 % en février.
Depuis cinq ans déjà, la situation économique est à la peine. Si 2019 et 2020 ont été marquées par une progression de la marge respectivement de 30 et de 60 millions d’euros, les deux années précédentes étaient largement dans le rouge : – 150 millions d’euros en 2017 et – 160 millions d’euros en 2018, selon les chiffres présentés lors de l’assemblée générale de la FSPF du 23 mars par Iqvia. Au total, le réseau officinal aura perdu 220 millions d’euros entre 2016 et 2020, soit un recul de 4 %, indique son président France, Jean-Marc Aubert.
Perte spectaculaire
Dans le champ de l’observatoire de la rémunération de l’Assurance maladie, qui comprend les marges sur le médicament remboursable, les honoraires de dispensation, les rémunérations conventionnelles, les remises génériques et le CICE (désormais supprimé), la perte est encore plus spectaculaire. « Entre 2016 et 2020, le réseau officinal a perdu 503 millions d’euros (– 7,5 %) », explique Denis Millet, président de la commission Études et Stratégie économiques de la FSPF.
Si l’on considère maintenant l’ensemble de l’activité de l’officine (marge commerciale sur l’ensemble des produits, honoraires, prestations, nouvelles missions), la marge brute moyenne croît de 5 000 euros entre 2016 et 2020, passant de 497 000 euros à 502 000 euros, indique Philippe Becker du cabinet d’expertise comptable Fiducial. Mais dans le même temps, souligne-t-il, les charges externes ont progressé fortement, en particulier le loyer, de 81 000 euros en 2016 à 93 500 euros en 2020.

Trompe-l’œil
La même tendance se retrouve au niveau des frais de personnel, atteignant 173 400 euros en 2020, contre 158 830 en 2016. Cette hausse est notamment liée aux difficultés de recrutement auxquelles sont confrontées de nombreuses officines, estime Philippe Becker. L’excédent brut d’exploitation (EBE) gagne, lui, 9 000 euros en cinq ans, « ce qui n’est pas beaucoup », tandis que le résultat progresse en raison notamment d’une baisse des coûts de financement des officines et des travaux.
Mais attention, insiste Philippe Becker, « il y a un effet trompe-l’œil ». Ainsi, « le réseau officinal se consolide en termes d’activité et probablement de rentabilité du fait de la disparition de 200 pharmacies par an dont la dépense unitaire se répartie sur le reste des officines », met-il en garde.
Pour une nouvelle convention
Dans ce contexte économique incertain, la FSPF demande l’ouverture de négociations pour une nouvelle convention avec l’Assurance maladie. « L’essentiel est désormais de se projeter dans les cinq ans à venir », affirme son président, Philippe Besset. Pour lui, il s’agira notamment de définir un nouveau plan quinquennal comprenant la revalorisation des honoraires de dispensation, des mesures de soutien aux officines de proximité (création d’une Rosp « Pharmacie de premier recours ») et la pérennisation des activités de santé publique réalisées pendant la crise sanitaire.