La Cnam doit faire campagne sur les accompagnements
Savoir-faire, savoir-être et faire savoir. Si la profession s’engage sur les deux premiers volets, elle interpelle la Cnam pour mener campagne sur les missions du pharmacien auprès du grand public.
19 juin 2026
C’est en 2013 que les missions de santé publique des pharmaciens ont pris leur envol avec la mise en place de l’entretien pharmaceutique. Depuis cette date, l’engagement des confrères s’est singulièrement développé. Mais, à l’exception d’une évaluation sur l’intérêt de l’entretien AVK en 2014, la Cnam n’a jamais mesuré le bénéfice de ces nouvelles missions. Pire, ajoute le président de la FSPF, Philippe Besset, elle ne communique pas sur le sujet au prétexte qu’elles sont inégalement prises en main par les confrères. « C’est l’histoire de la poule et de l’œuf, regrette le syndicaliste. Il est temps pour l’Assurance maladie d’informer les assurés, par exemple sur le fait qu’ils ont droit à un bilan partagé de médication (BPM). »
La réponse de la Cnam, représentée par Sophie Kelley, responsable des produits de santé, reste prudente, parce que « le recours aux nouvelles missions est très différent selon les thématiques ». Les services de prévention et de dépistage sont réalisés par plus de 80 % des officines, ce qui peut justifier une communication. En revanche, les entretiens pharmaceutiques ont été proposés au moins une fois en 2025 par 14 à 42 % du réseau. Difficile, dans ce contexte, d’inciter les assurés à aller vers des accompagnements qu’ils ne sont pas sûrs de trouver. Ce qui n’enlève rien à l’implication croissante des confrères.
Posture d’écoute
« Il y a dix ans, la France était en retard par rapport à beaucoup d’autres pays. Elle est désormais dans le peloton de tête », souligne Luc Besançon, délégué général de Nères, qui invite à capitaliser sur l’expertise du pharmacien. Gérard Raymond, président de France Assos Santé, confirme d’ailleurs le « rôle central » du seul «professionnel de santé accessible sans rendez-vous» et dont le maillage territorial est le plus resserré. Il appelle néanmoins à « faire tomber les murs », c’est-à-dire à une meilleure coordination interprofessionnelle sur les territoires, et à une posture d’écoute active en pharmacie. « Le patient est la personne qui souffre. Le pharmacien doit, par son savoir-être et son savoir-faire, lui permettre de dire sa souffrance. Par sa posture d’écoute, il peut amener le patient à s’exprimer, à dire son inquiétude sur tel médicament. » Une manière d’intervenir pour mieux contrôler les interactions et les effets indésirables, et donc améliorer l’observance. « J’entends que 50 % des malades chroniques sont inobservants. Mais demandez-leur pourquoi ! Vous découvrirez que le traitement n’est pas bien compris ou inadapté à quelqu’un qui fait les trois-huit, ou encore qu’un effet secondaire est rédhibitoire. Il faut que le traitement s’adapte au patient, pas le contraire. »
Et le sevrage tabagique ?
De nouvelles missions conventionnées vont être proposées dans les mois qui viennent. La plus avancée est l’entretien diabète de type 2, qui pourrait voir le jour à l’automne. Des discussions sont en cours sur un accompagnement du patient hypertendu. Enfin, la généralisation de l’expérimentation Osys, confirmée par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026, devrait pouvoir se déployer en 2027. Seule la prescription des substituts nicotiniques dans le sevrage tabagique n’est toujours pas autorisée en pharmacie et le réseau attend encore le lancement de l’expérimentation promise il y a quatre ans. « Les pouvoirs publics nous opposent la nécessaire dichotomie entre prescription et dispensation », s’agace Philippe Besset. Un argument balayé par Vincent Guiraud-Chaumeil, président de Nères et directeur de la filiale France de Pierre Fabre Medical Care : « Dès lors que l’on parle d’actions pour améliorer la santé des Français sur le long terme, cette question n’a pas lieu d’être. Tout le monde voit l’intérêt de santé publique de la vaccination à l’officine. Pour le sevrage tabagique, c’est exactement la même chose. »