Le nouveau dossier pharmaceutique en pratique
Une table ronde a réuni les experts du DP pour faire le point sur les nouveautés de la version prochainement disponible et en détailler les avantages.
7 décembre 2023
C’est à l’occasion de l’édition 2023 des Amphis de l’officine que se sont retrouvés à la Maison des pharmaciens les acteurs majeurs impliqués dans le développement du dossier pharmaceutique. La présidente de l’Ordre, Carine Wolf-Thal, a profité d’un rappel sur l’historique du dossier pharmaceutique (DP) pour rendre hommage à Isabelle Adenot qui, visionnaire, en avait initié les travaux. « Depuis quinze ans, le dossier pharmaceutique a beaucoup évolué, mais il faut rappeler qu’à l’origine il était destiné à sécuriser la délivrance du médicament, a-t-elle précisé. La santé publique et l’intérêt des patients sont notre boussole, que ce soit en ville ou à l’hôpital. » Des enjeux de responsabilité liés à la numérisation des données de santé que Philippe Besset a également pointés. L’accès des pharmaciens au dossier médical partagé (DMP) avec son volet de synthèse médicale constitue, à l’évidence, un grand changement dans la nature et la complexité des informations portées à la connaissance des officinaux. « Il faut mesurer les conséquences de ces évolutions pour les pharmaciens, a-t-il averti, car cela ouvre de nouveaux risques et de nouvelles responsabilités pour nous comme pour l’ensemble des professionnels de santé. »
Une vraie révolution
L’implication des pharmaciens est en tout cas établie : en octobre 2023, leurs contributions ont permis de dépasser le chiffre d’un million d’alimentations du DMP par les professionnels de santé, notamment grâce aux notes de vaccination transmises via les logiciels métier labellisés « Ségur ». Pour le président de la FSPF, « ce sont là les débuts d’une alimentation automatique du DMP. Il s’agit d’une innovation majeure, et nous devons mesurer qu’une vraie révolution est en route. » Elle prend sa source dans la mise en place de processus techniques nouveaux, intégrant l’identité nationale de santé (INS) de chaque patient comme clé. Le décret paru le 3 avril 2023 a autorisé la mutation du DP vers une nouvelle version qui sera prochainement accessible à tous.
Le Cnop en relais
Comme l’explique Bruno Maleine, président du Conseil central de la Section A, ce nouveau DP intègre plusieurs modifications intéressant l’exercice quotidien. En premier lieu, le principe d’ouverture du DP est, cette fois, de la responsabilité de l’Ordre. Les officinaux doivent cependant collecter l’adresse électronique du patient qui sera transmise automatiquement au Cnop via une fenêtre de demande d’information sur le logiciel métier, leur rôle s’arrêtant là. Pas non plus de tri compliqué à effectuer parmi les patients pour savoir qui est déjà doté d’un DP ou qui n’en a pas : la fenêtre pour collecter les données s’ouvre automatiquement lorsque la carte Vitale est insérée dans son lecteur et qu’il s’agit d’un patient qui n’en possède pas encore. L’Ordre adressera en réponse un mail au patient qui aura six semaines pour s’opposer à l’ouverture de son DP, faute de quoi ce dernier sera validé. Dans ce courrier électronique généré par l’Ordre figurent toutes les explications relatives au DP, ses avantages et son fonctionnement, ainsi que les informations nécessaires aux patients pour gérer eux-mêmes leurs droits et être acteurs des données y figurant. À noter que pour les personnes ne disposant pas d’une adresse mail, c’est le pharmacien d’officine qui devra imprimer le document que le Cnop lui aura envoyé par mail et qui le remettra au patient concerné.

Carine Wolf-Thal, présidente de l’Ordre des pharmaciens. (© Nicolas_Kovarik)
Un historique complet
Autre changement en passe de s’appliquer : l’historique consultable passe de quatre à douze mois et la mention de la pharmacie dispensatrice sera désormais disponible pour chaque ligne de médicament. Une information qui n’était jusque-là pas accessible et qui sera très pratique pour communiquer avec d’autres dispensateurs d’une même ordonnance. « Cela aura également son intérêt concernant les médicaments donnés en rétrocession par des pharmacies à usage intérieur (PUI), ceux délivrés en compassionnel ou en autorisation précoce. Ce sont des données très importantes à voir figurer dans le DP pour maîtriser les interactions », appuie Carine Wolf-Thal.
Un lien précieux avec la réa
Un travail sur les banques de données permettant aux pharmaciens d’en apprendre plus sur les médicaments hospitaliers – prescrits à leurs patients au cours ou à la suite d’une hospitalisation – est en cours. Mais au-delà des PUI, ce sont certains services cliniques qui sont très intéressés par la consultation des DP des patients, adressés le plus souvent dans un contexte ne permettant pas la transmission sereine ni complète d’informations relatives aux traitements pris de façon chronique. C’est en particulier le cas des urgences et des services de réanimation, qui tireront un très grand bénéfice des données inscrites dans le DP.
L’OTC ajouté
Autre évolution qui se mettra en place à l’avenir : l’ajout, dans l’historique du DP, des délivrances hors ordonnance. Bien sûr, il faudra qu’au moment de la délivrance, le nom du patient ait été appelé – un nouveau réflexe à acquérir par les équipes – et que ce dernier ait vu son identité confirmée, c’est-à-dire qu’un professionnel de santé ait validé son INS. Ce numéro de matricule « est la seule clé qui permet d’identifier de façon forte un patient et donc d’échanger des données de santé à son propos avec d’autres professionnels de santé en toute sécurité », indique Denis Supplisson, directeur général d’Equasens. Le DP sera donc automatiquement complété des produits conseil délivrés sans que le patient ait à fournir sa carte Vitale.
Des développements à venir
Cependant, le chantier du DP est encore long. D’autres fonctionnalités sont espérées par les officinaux, notamment du point de vue de l’exploitation de données créées par ailleurs et qui ne sont pas inscriptibles dans ce DP pour le moment. Lors de la délivrance d’une ordonnance numérique, dont l’usage commence à se développer, les interventions pharmaceutiques sont relevées et archivées pour transmission automatique au médecin prescripteur. Il peut s’agir de préciser le nom des médicaments dont le patient n’a finalement pas souhaité bénéficier, ou encore de notifier une modification de l’ordonnance parce que le pharmacien a détecté une allergie de son patient au traitement prescrit. Actuellement, il n’est pas prévu que les informations résultant de ces actes pharmaceutiques figurent dans le DP. Pourtant, comme le relève Philippe Besset, elles sont intéressantes à faire connaître à tout professionnel de santé prenant soin du patient concerné, en particulier à un pharmacien qui serait amené à renouveler l’ordonnance litigieuse. Pour Denis Supplisson, il est clair que ce partage d’informations serait pertinent mais il n’est pas possible actuellement pour des raisons techniques. Cependant, on peut imaginer que cela change à l’avenir.