Médicament : opération « relocalisation »
Afin d’endiguer les ruptures, le chef de l’État a présenté un plan pour rapatrier la production de médicaments dans l’Hexagone et retrouver une souveraineté pharmaceutique.
Par FSPF
•10 juillet 2023
Le phénomène des pénuries de médicaments ne date pas d’hier. Mais depuis quelques mois, la situation s’est encore dégradée. À tel point que la liste de « manquants » dépasse parfois celle des produits reçus… Le président de la République semble bien décidé à inverser la tendance. Lors d’un déplacement à Champagne, dans l’Ardèche, à la mi-juin, sur le site du laboratoire Aguettant, Emmanuel Macron a dévoilé les grandes lignes de son plan en la matière, intitulé « France 2030 ». L’objectif : relocaliser et augmenter les capacités de production de médicaments dans l’Hexagone, afin de réduire la dépendance de notre pays aux importations.
« La Covid-19 a mis en exergue les faiblesses du pays en matière de souveraineté sanitaire, souligne le gouvernement. La préparation aux prochaines crises nécessite un renforcement des capacités industrielles et sanitaires. » Dans ce cadre, une liste de 450 molécules classées comme « essentielles » a été dressée. Pour l’heure, la relocalisation concernera déjà la production d’une cinquantaine d’entre elles, dont 25 « dans les prochaines semaines ». La priorité sera notamment donnée à la fabrication du paracétamol ou de l’amoxicilline qui ont cruellement fait défaut durant l’hiver dernier.
Des bénéfices à long terme
« Il faut arriver à retrouver notre indépendance stratégique sur ces produits », affirme Emmanuel Macron. Le chef de l’État souligne également l’importance de « jouer sur les stocks, sur la complémentarité médecin-pharmacien pour être à même d’avoir éventuellement des alternatives thérapeutiques ».
« C’est un projet très important, mais de moyen et de long terme », estime pour sa part Philippe Besset, président de la FSPF. Selon lui, les bénéfices ne se verront en effet que dans dix ans. « C’est important de relocaliser, c’est même essentiel, mais il faut aussi que l’on ait des solutions à court terme », ajoute-t-il. Par exemple, il milite pour la mise en œuvre effective de la substitution des médicaments biosimilaires et hybrides ce qui, à ses yeux, permettra de juguler certaines ruptures de stock. Il plaide également pour l’application d’une nouvelle politique tarifaire des spécialités. « Les plans d’économies de plus en plus lourds se traduisent par une baisse du prix des médicaments pratiqué en France, alors que d’autres États proposent des tarifs plus élevés, en accord avec la réalité du marché », déplore ainsi le président de la FSPF. Résultat, « la faiblesse des prix dans notre pays conduit mécaniquement à un désengagement des industriels du médicament du marché national » à l’origine de pénuries. Aussi, prône-t-il la mise en place de tarifs européens afin de limiter les concurrences de prix entre les pays.