Quétiapine sous tension
Face aux ruptures de quétiapine dans tous ses dosages, les pharmaciens sont appelés à pratiquer la dispensation à l’unité et proposer des préparations magistrales.
5 mars 2025
Depuis le 14 février dernier, la dispensation à l’unité (DAU) est obligatoire pour les prescriptions de quétiapine 50 mg LP et possible pour les formes 300 mg LP et 400 mg LP. La Direction générale de la santé (DGS) précise que les pharmaciens sont autorisés à déconditionner, « dispenser une seule plaquette de 10 comprimés » et facturer « comme pour la délivrance à l’unité des antibiotiques ».
Les unités de prises doivent être placées « dans un nouveau conditionnement extérieur adapté, permettant d’en assurer le transport et la conservation », sans être mélangées à d’autres spécialités, souligne la FSPF. Le pharmacien doit y apposer une étiquette sur laquelle sont clairement inscrites les mentions suivantes : nom, dosage, forme et DCI de la spécialité, destinataire (nourrisson, enfant, adulte), conditions de conservation, date de péremption, numéro de lot, nom du patient, posologie et durée du traitement, date de délivrance et nombre d’unités. La notice doit être imprimée ou, avec l’accord du patient, être accessible dans sa version dématérialisée par un moyen fourni par le pharmacien.
Sérialisation sans changement
La FSPF rappelle que la DAU n’est pas autorisée lorsque le patient concerné est aveugle ou malvoyant, « sauf si le nombre d’unités de prise prescrites correspond aux dernières unités figurant dans le conditionnement initial », ce qui permet de lui remettre la boîte originale sur laquelle figurent les inscriptions en braille. Par ailleurs, la sérialisation s’effectue sans modification, il convient donc de scanner l’identifiant unique présent sur la boîte une seule fois. La rémunération, prévue par la convention pharmaceutique signée en 2022, est de 1 euro TTC par délivrance dans la limite d’un plafond annuel de 500 euros TTC. Elle est versée annuellement au premier trimestre de l’année N+1.
Tableau d’équivalence
En sus de la DAU, les autorités sanitaires autorisent les préparations magistrales de quétiapine en gélules dosées à 100 mg et 150 mg à libération immédiate (LI) et leur délivrance, selon un tableau d’équivalence établi par l’ANSM, en substitution des spécialités manquantes qui sont à libération prolongée (LP). Outre les mentions qu’il doit obligatoirement faire figurer sur l’ordonnance (numéro de la préparation magistrale, posologie) et sur le conditionnement (schéma de prise), le pharmacien doit informer le prescripteur par tout moyen sécurisé et fournir toutes les explications nécessaires au patient, en particulier sur les modalités liées à la libération immédiate de la quétiapine délivrée. Il doit par exemple insister sur le fait que la première prise intervient environ 24 heures après la dernière dose de quétiapine à libération prolongée.
Lorsque la dose de quétiapine LI doit être prise matin et soir (pendant ou en dehors des repas), il faut informer le patient du risque de somnolence suivant la prise matinale, d’hypotension et de vertiges. Et de l’importance de respecter un intervalle de 8 à 12 heures entre les deux prises.
La fiche d’utilisation du traitement délivré, que le pharmacien remet automatiquement au patient, rappelle l’ensemble de ces informations et recommandations. Tout effet indésirable ou symptôme clinique inhabituel et lié à ce changement de médicament doit être signalé au médecin.
Tarifs dérisoires
Malgré les efforts que ces ajustements demandent au pharmacien, la tarification est décevante. Lors de son Live hebdomadaire du 21 février dernier, Philippe Besset regrettait le retard de sa mise en œuvre. Celle-ci a finalement été fixée par un arrêté paru deux jours plus tard au Journal officiel. Selon le nombre de gélules dispensées et leur dosage, les « frais de dispensation » sont compris entre 2,89 et 7,33 euros. « Des tarifs dérisoires que nous contestons, ces derniers ayant été définis par le ministère de la Santé sans prendre en considération nos demandes légitimes et argumentées », s’emporte le président de la FSPF qui imaginait une rémunération globale de 15 euros. Le calcul, explique-t-il, est calqué sur les honoraires déclenchés lors de la dispensation des spécialités de référence, mais « sans tenir compte des remises dont nous bénéficions ». En pratique, les préparations magistrales à base de quétiapine sont facturées à l’Assurance maladie au moyen du code acte « PMR » et remboursables à 65 %.