Tout sur les bilans de médication
Voici quelques clés afin de mieux appréhender ces entretiens nouvelle génération.
29 décembre 2017
La convention pharmaceutique signée en mai 2012 avait apporté son lot de nouveautés. Parmi elles, les entretiens pharmaceutiques. C’était alors la première fois qu’une forme de colloque singulier était instaurée entre le pharmacien et son patient… et rémunérée à l’acte par l’Assurance maladie. Avec la signature de l’avenant no 12 à cette même convention se mettent aujourd’hui en place des « bilans partagés de médication » – une pratique venue de l’hôpital – qui ont pour particularité de ne pas se concentrer sur une pathologie donnée mais de permettre une prise en charge globale du patient. Ces entretiens nouvelle génération destinés aux patients chroniques et polymédiqués marquent une nouvelle étape dans la reconnaissance de la compétence des pharmaciens de ville. La polymédication des personnes âgées, notamment, est un sujet majeur d’inquiétude pour les autorités sanitaires et les professionnels de santé en raison des effets secondaires iatrogènes que provoquent ces croisements de pathologies et de prescriptions. L’idée sous-jacente à ces bilans de médication est donc simple et complexe à la fois : recueillir et analyser les traitements, donner des pistes d’action au patient et à son médecin traitant. En France, 3,9 millions de personnes sont particulièrement exposées à ces risques, étant atteintes de maladies chroniques et traitées par 5 médicaments ou plus. Il s’agit du cœur de cible de ces bilans que vous pourrez réaliser une fois l’avenant n° 12 paru au Journal officiel.
1. QUELS SONT LES PATIENTS CONCERNÉS ?
Déjà, les patients qui le souhaitent ! Cela va sans dire mais ils ont évidemment le libre choix d’être inclus ou non dans ce protocole. Plusieurs critères de sélection ont été retenus : les patients de 65 ans ou plus avec au moins une affection de longue durée (ALD) ou ceux de plus de 75 ans sans ALD traités par au moins cinq molécules – une spécialité associant deux dénominations communes internationales (DCI) comptant pour deux – pendant au moins six mois consécutifs. Le nombre de patients concernés est élevé : environ 180 par officine ! Si le pharmacien qui a entamé le protocole est absent, la relève peut être assurée par un autre pharmacien de l’équipe mais pas par un préparateur. Les informations quant à l’âge et la présence d’une ou plusieurs ALD actives peuvent facilement être consultables par le biais de la carte Vitale de votre patient. Une consultation de son historique sur votre logiciel, associée à celle de son dossier pharmaceutique, vous permettra de savoir si le nombre de molécules qui lui sont prescrites est suffisant pour l’inclure. N’oubliez pas de croiser cette recherche avec un entretien oral avec le patient lui-même ou avec ses proches : certaines spécialités, en particulier en sortie de réserve hospitalière ou les autorisations temporaires d’utilisation (ATU), ne sont pas traçables dans votre informatique mais peuvent être comptabilisées dans les cinq DCI. Seul votre patient sera, dans ce cas, à même de vous renseigner. La consultation du dossier médical partagé ainsi que de son dossier pharmaceutique, si le patient en dispose, est également possible. Les médicaments chroniques à prescription obligatoire non remboursables (sildénafil, olmésartan, hexaquine…) doivent également être comptabilisés.
2. COMMENT INSCRIRE LES PATIENTS ÉLIGIBLES ?
L’Assurance maladie a mis en place un service d’inscription sur votre espace pro Ameli. Après vous être assuré que le patient répond aux critères d’inclusion, il est nécessaire de recueillir son accord oral et de procéder à la signature du bulletin en ligne, bulletin qui doit ensuite être imprimé et signé ; un exemplaire doit être remis au patient. Toutes les étapes du bilan de médication seront ensuite renseignées en ligne au fur et à mesure. Attention, si un patient effectue une série d’entretiens dans une officine pour la finir dans une autre, c’est la première officine qui aura réalisé les deux entretiens de la première année qui sera rémunérée. Tous les documents doivent être conservés au moins trois ans, passé l’année en cours.
3. COMMENT SE DÉROULE CONCRÈTEMENT CE BILAN ?
Toutes les informations sont rassemblées dans le guide d’accompagnement du patient et les fiches de suivi, qui vous serviront de trame lors de vos échanges. Ils sont disponibles sur votre espace pro du site Ameli.fr et peuvent être remplis électroniquement puis enregistrés une fois le bilan réalisé afin d’en garder une trace, qui peut s’avérer utile pour le contrôle médical de l’Assurance maladie. Après un « entretien de recueil des traitements », puis leur analyse, le pharmacien pourra transmettre les renseignements aux prescripteurs par messagerie sécurisée puis, à terme, consigner ses analyses dans le dossier médical partagé du patient. Auront ensuite lieu les « entretiens conseils » au cours desquels le pharmacien rendra ses conclusions au patient et délivrera les conseils adaptés. Voilà pour la première année. La deuxième année, le pharmacien pourra soit suivre l’observance soit réenclencher un entretien de suivi en cas de changement de traitement.
4. COMBIEN ET QUAND CES ENTRETIENS SERONT-ILS PAYÉS ?
Les syndicats et l’Assurance maladie ont convenu d’un paiement« au plus tard au mois de mars de chaque année ». Le pharmacien sera rémunéré dès lors que l’ensemble des étapes du bilan de médication (voir point précédent) seront remplies. Il y a toutefois deux dérogations : lorsque vous inscrivez votre patient durant le second semestre ou en cas de décès. L’Assurance maladie sera particulièrement attentive aux critères d’inclusion des patients (voir point 1), notamment à la chronicité des traitements, qui sera revérifiée a posteriori et occasionnera, si besoin, des régularisations dans les versements.
Enfin, concernant les sommes versées aux pharmaciens : pour une première prise en charge, la pharmacie sera payée 60 euros par patient inscrit si toutes les étapes du bilan ont été effectuées ou, dans les deux cas précités (inscription au second semestre ou décès), lorsqu’au moins un premier entretien sur la série aura été réalisé et le prescripteur informé. Il y a donc une légère évolution par rapport aux précédents entretiens : un travail entamé mais non clôturé pourra être rémunéré. Les années suivantes, deux cas de figure se présentent : la rémunération se montera à 30 euros si un ou plusieurs traitements supplémentaires ont été prescrits au patient ou à 20 euros si aucun changement thérapeutique n’est intervenu entre-temps.