Un modèle de rémunération à réformer sans big bang
Près de 5 000 titulaires ont répondu à l’appel de la Fédération et livré leur vision du modèle de rémunération qui doit prévaloir demain. Les résultats de cette grande consultation constituent une base solide pour le travail de réforme que le syndicat va mener avec les autorités en 2026.
31 décembre 2025
Les syndicats départementaux n’ont pas chômé depuis le lancement officiel de la grande consultation. Ils ont compilé les réponses de près de 5 000 pharmaciens concernant la réforme de la rémunération à venir. Présentés lors de l’assemblée générale de la FSPF le 9 décembre dernier, les résultats font ressortir quatre grands enseignements.
Les honoraires
Instaurée il y a dix ans à l’initiative de la FSPF, la rémunération à l’honoraire, ainsi que la sécurité qu’elle offre face aux baisses de prix des médicaments, est plébiscitée par les confrères. Attachés à son maintien, ils souhaitent des revalorisations, en particulier concernant l’honoraire à l’ordonnance qui touche au cœur du métier. Ils sont également demandeurs de nouveaux honoraires valorisant la diversification de leurs missions : dépistages, renouvellements, orientation du patient dans le parcours de soins, gestion des ruptures, interventions administratives (Asafo, Adac, DP, formulaires aGLP-1), sorties hospitalières, livraison à domicile…
La MDL et les remises
« Le pharmacien est aussi un acheteur, les confrères l’ont bien compris, insistant, lors de cette grande consultation, sur le fait que la marge et les remises commerciales sont des éléments structurants de l’activité », analyse Philippe Besset, président de la FSPF. Dans leurs réponses, où transparaît le refus du « tout honoraire », les pharmaciens font néanmoins valoir le besoin d’aménagements profonds dans les modalités de calcul de la marge dégressive lissée (MDL) et proposent non seulement la création de tranches supplémentaires, mais aussi un relèvement des seuils et une meilleure rémunération sur les médicaments onéreux. À leurs yeux, la MDL occupe encore une part trop importante de la rémunération. Quant aux remises commerciales sur les génériques, hybrides et biosimilaires, elles doivent absolument être pérennisées, voire systématisées.
Les Rosp
Le dispositif de la Rosp est jugé trop complexe, et certains objectifs sont considérés comme inatteignables, ce qui éloigne de l’intention initiale d’amélioration de la santé publique. Si les pharmaciens reconnaissent l’utilité des Rosp, ils souhaitent les voir évoluer vers de nouveaux objectifs cohérents avec leurs missions : substitution biosimilaire, lutte contre l’antibiorésistance, dépistages, PDA en Ehpad, etc. Ils suggèrent, en outre, de mettre en place « un forfait structure pour rémunérer les missions de service public de l’officine en tant qu’établissement jouant un rôle déterminant dans l’offre de soins de son territoire », relève Philippe Besset.
Autres pistes
De façon pragmatique, les titulaires demandent la rémunération des « prestations réalisées gratuitement avant d’en créer de nouvelles ». Ils évoquent également l’idée de la rémunération à la capitation, par exemple en fonction du nombre de patients chroniques suivis.
Un modèle lisible et pérenne
Globalement, les confrères souhaitent « une adaptation du modèle actuel plutôt qu’un big bang », note la FSPF, à savoir une rémunération lisible et durable associant MDL, honoraires et Rosp. « Leurs attentes rejoignent les efforts de long terme de la FSPF pour protéger le réseau des baisses de prix et volumes des médicaments, et renforcer le cœur de métier du pharmacien. Ils attendent également la reconnaissance de son rôle de professionnel de santé de proximité et de la prévention, conclut le syndicat. La condition absolue d’un tel modèle réside dans la prise en compte du temps pharmaceutique, aujourd’hui non financé, pendant lequel s’exerce l’essentiel de l’expertise du pharmacien. Les résultats de cette grande consultation constituent une base solide pour mener, avec la mission Igas-IGF, le travail d’évolution de la rémunération qui nous occupera pendant les prochains mois et qui devrait se matérialiser dans un avenant n° 2 à la convention. »