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AMPHIS DE L’OFFICINE Urgences : Quelle place pour les pharmaciens ?

Les débats de la 3e édition des Amphis de l’officine ont tourné autour du rôle des officinaux dans le maintien de la permanence des soins en général et de leur implication dans le futur service d’accès aux soins (SAS) en particulier.

Par FSPF

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15 juillet 2021

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© NICOLAS KOVARIK

L’organisation de la permanence des soins est du ressort des syndicats de pharmaciens. Conventionnellement , « 1 150 officines sont de garde en France chaque nuit et 1 450 les dimanches et jours fériés », rappelle Denis Millet, président de la commission Études et Stratégie économiques de la FSPF. Mais le dispositif est « très complexe, chaque région ou commune possédant un système de garde spécifique », ajoute-t-il. La ville de Toulouse en est une parfaite illustration puisque toutes les gardes de nuit sont assurées par une seule officine (voir encadré « Pharmacien de nuit »).

 

Denis Millet, président de la commission Etudes et stratégie économiques de la FSPF.

 

« Cette organisation fonctionne bien mais est malheureusement peu lisible pour les patients, hormis ceux qui vivent dans le secteur », estime Philippe Besset, président de la FSPF, qui pense nécessaire de procéder à des améliorations. Le dispositif du service d’accès aux soins (SAS), prévu dans le cadre du « Pacte de refondation des urgences », en est l’occasion. Son objectif est clair : améliorer la prise en charge du parcours du patient pour ses soins non programmés.

 

Philippe Besset, président de la FSPF.

Partage de compétences

Pour l’heure, les pharmaciens ne sont toutefois pas encore invités à y participer. En Bretagne, où le SAS est expérimenté à Brest et à Rennes, « les choses se mettent en place mais qui dit SAS dit aujourd’hui exclusivement monde médical », constate Luc Mougin, président de l’URPS pharmaciens de la région. Pourtant, fait-il remarquer, « il y a déjà une forte demande, ne serait-ce que des médecins et des régulateurs du Samu, pour intégrer les pharmaciens ».

 

Luc Mougin, président de l’URPS pharmaciens Bretagne.

 

« Nous sommes en train de développer la filière médicale mais rien n’est fermé quant à l’ouverture dans un second temps à d’autres spécialités et en particulier aux pharmaciens », assure Sophie Augros, conseillère médicale auprès de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Car dans la philosophie du SAS, le pharmacien a bien évidemment toute sa place, comme le rappelle Thomas Mesnier, député LREM de Charente et rapporteur de la mission « Pour un pacte de refondation des urgences ». « Peut-être pourra-t-il intervenir avec un rôle de régulateur de terrain, qu’il exerce en réalité déjà aujourd’hui. Dans certaines situations à cadrer, le pharmacien pourrait également intervenir soit directement, soit avec du partage de compétences », avance-t-il, estimant que l’officinal doit probablement aussi avoir un rôle plus important dans le premier recours, rôle qu’il faut « jauger, graduer et pour lequel il faut le former et le rémunérer ».

 

Sophie Augros, conseillère médicale auprès de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS).

 

Le parlementaire insiste sur l’importance de la transmission et du partage d’information avec le médecin traitant. Sophie Augros indique d’ailleurs que des protocoles de soins locaux pourront se développer sans validation de la Haute Autorité de santé (HAS) au sein des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Pour elle, l’idée est que le médecin prenne en charge uniquement les cas pour lesquels il apporte une réelle plus-value. « On médicalise trop en France, c’est une évolution culturelle qu’il faut engager, affirme pour sa part Thomas Mesnier. Il faut remettre le temps médical là où il est nécessaire. »

 

Thomas Mesnier, député de Charente (LREM) et rapporteur de la mission « Pour un pacte de refondation des urgences ».

 

Du côté des patients, Françoise Alliot-Launois, vice-présidente de l’Association française de lutte anti-rhumatismale (Aflar), déplore le manque de lisibilité et d’information des patients dans la prise en charge des soins non programmés. Pour elle, l’atout majeur est également la coopération entre les médecins et les pharmaciens.

 

Françoise Alliot-Launois, vice-présidente de l’Aflar.

Orienter les patients

Autre artisan du SAS, le Pr Pierre Carli, directeur médical du Samu de Paris et corapporteur avec Thomas Mesnier de la mission « Pour un pacte de refondation des urgences », pense aussi que l’officinal a toute sa place dans le dispositif et la prise en charge des soins non programmés. « L’officine, c’est de la proximité », et le pharmacien un « contact humain » qui va « prendre les minutes nécessaires simplement pour expliquer au patient ce qu’il doit faire ». Pour lui, le rôle d’orientation du pharmacien est particulièrement important, tout comme celui d’exécution d’une prescription d’urgence permettant le maintien à domicile du patient.

« On ne va pas lui demander de réanimer tous les arrêts cardiaques mais on va clairement lui proposer de travailler avec nous et d’avoir la possibilité, soit par téléphone soit via une plateforme numérique, de créer cette cohérence. On ne va pas fonctionner en silos. Il n’y a pas les permanences des soins médicale, pharmaceutique, chirurgicale, l’une privée, l’autre publique… Il y a un système de soins qui s’organise autour du non-programmé et de l’urgent », insiste Pierre Carli. Le patron du Samu de Paris ajoute : « On peut penser que “l’élite” de la médecine d’urgence, c’est le polytraumatisé, l’arrêt cardiaque, mais ils représentent moins de 5 % des patients. Tous les autres sont aussi importants. Nous savons pertinemment que le fait de traiter une situation moins urgente mais de manière non programmée peut éviter l’aggravation. »

 

Philippe Vergnes, co-président FSPF Haute-Garonne.

 

Philippe Vergnes, coprésident du syndicat des pharmaciens de la Haute-Garonne, considère de même que médecins et pharmaciens doivent exercer main dans la main : « On le voit tous les jours quand nous sommes de garde et surtout la nuit. » Mais, prévient-il, « on ne peut évidemment pas prendre cette nouvelle mission sans formation ». Avis partagé par Luc Mougin qui déclare que si l’on intègre le pharmacien dans le SAS, cela nécessitera une reconnaissance de la part des autorités, des patients, mais aussi du monde médical. « Les réponses médicales sont devenues compliquées, des médecins n’acceptent plus de nouveaux patients, et aujourd’hui le goulet d’étranglement se fait au niveau des urgences. Il faut pallier cette problématique et trouver d’autres réponses », analyse le président de l’URPS pharmaciens de Bretagne.

Des expérimentations à prévoir

La prochaine convention avec l’Assurance maladie semble être le cadre tout trouvé pour faire évoluer la permanence des soins. C’est en tout cas le sentiment de Philippe Besset qui souhaite que le principe de la participation des pharmaciens au SAS y soit inscrit. Le président de la FSPF plaide donc pour le lancement d’expérimentations dès l’automne afin d’aboutir à un avenant. Il s’agirait de tester la régulation de la pharmacie de ville au travers du numéro santé la nuit et l’utilisation de la téléexpertise pour accompagner les dispensations protocolisées le jour. Ces dernières sont pour le moment réservées aux maisons de santé pluridisciplinaires (MSP).

 

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