L’écart se creuse
Si la dégradation des principaux ratios d’exploitation des officines était prévisible pour l’exercice 2023, l’atterrissage post-Covid n’en a pas été moins rude. Mais le plus alarmant réside sans conteste dans les fortes disparités qui se creusent – encore et toujours – entre les officines.
6 juin 2024
Dans le droit fil des autres moyennes professionnelles publiées depuis le début de l’année, celles du réseau KPMG, réalisées à partir d’un échantillon de 811 officines ayant clos un exercice de 12 mois sur les années 2023 et 2022, confirment le sentiment partagé des pharmaciens d’avoir reçu une douche froide. Après une année 2022 qualifiée d’exceptionnelle, l’année 2023, en post-Covid, marque un dur retour à la réalité. Bien que prédits et attendus, les chiffres sont édifiants. Alors que l’évolution de l’activité globale fait bonne figure (+ 1,7 % en moyenne) grâce à l’effet prix favorable des médicaments chers (le CA sur le médicament remboursable progresse de + 8,2 % dans cet échantillon), la marge globale en valeur pour les pharmacies baisse en moyenne de 8,7 % tandis que la rentabilité s’effondre de 22,7 %. Cette dernière évolution est la conséquence logique de l’augmentation du chiffre d’affaires, d’une marge en forte diminution et, surtout, d’une progression des charges, principalement des frais de personnel toujours soumis à une forte pression (+ 8 %).
Trésorerie : un retournement surprenant
Mais ce qui interpelle le plus Emmanuel Leroy, expert-comptable associé, leader national santé de KPMG, c’est l’étonnant retournement de situation au niveau de l’évolution des structures financières des officines. « Les difficultés de trésorerie en sortie de Covid nous surprennent », confesse-t-il. Si les trésoreries restent néanmoins solides au niveau de leurs moyennes (196 800 euros en 2023 contre 230 300 euros en 2022 et 190 900 euros en 2021), celles-ci ne doivent pas occulter la situation préoccupante de certaines officines : en effet, 4,9 % des pharmacies de l’échantillon clôturent leurs comptes dans le rouge avec une trésorerie négative. C’est bien là le problème majeur !
Des disparités encore plus alarmantes
Au niveau de tous les indicateurs économiques et financiers, l’ensemble des officines accusent des reculs, quelles que soient leur taille, typologie ou localisation, mais les moyennes cachent de fortes disparités d’une pharmacie à une autre. Disparités qui continuent en outre à se creuser au sein du réseau.
On constate ainsi d’importantes dispersions concernant l’évolution du CA, surtout vers les déciles supérieurs (niveau au-dessus duquel se situent 10 % des officines). La médiane (délimitant 50 % des officines de part et d’autre de celle-ci) est à + 2 % en termes d’évolution du CA et la part de pharmacies qui présentent une évolution négative est proche des 40 %. « La médiane étant inférieure à la moyenne, cela signifie que dans notre échantillon, certaines officines tirent la croissance moyenne vers le haut », explique Emmanuel Leroy. Signe d’une situation générale très fragile pour une majorité des pharmacies, plus de 73 % d’entre elles ont une évolution négative de leur marge en valeur avec une médiane à – 6,3 %, un peu meilleure que la moyenne de cet indicateur. La marge brute globale n’équivaut plus qu’à 29,9 % du CA (673 000 euros), soit son niveau le plus bas avec un très fort décrochage par rapport aux huit années précédentes. « Les dispersions en matière de taux de marge dépassent 8 points entre les deux déciles inférieurs et supérieurs », précise-t-il.
Enfin, l’indicateur « performance commerciale et de gestion » (excédent brut d’exploitation retraité du coût du ou des titulaires) diminue en valeur médiane de - 18,5 %. Ainsi, près de 84 % des pharmacies de l’échantillon présentent une évolution négative de leur rentabilité.
Selon Emmanuel Leroy, l’effet de ciseaux entre produits et charges de l’officine, agité par ailleurs depuis déjà un an, arrivera certainement dans les mois à venir. Si rien ne bouge…