Missions de demain : le champ des possibles
Alors que le déploiement des « nouvelles » missions gagne du terrain, la FSPF et ses partenaires pensent déjà à les étoffer. En tête de liste : la vaccination du voyageur.
8 décembre 2024
Si Philippe Besset, le président de la FSPF, reconnaît que le travail de déploiement « des missions qui nous ont été confiées ces 15 dernières années » reste la priorité, cela n’empêche aucunement de travailler sur de futurs actes innovants à l’officine. En particulier sur la vaccination du voyageur, car les occasions d’administrer et prescrire dans ce contexte sont nombreuses. « Un sondage Ipsos mené l’été dernier auprès de 350 pharmaciens montre que ces derniers passent une heure par semaine sur des conseils aux voyageurs, note Nicolas Arvis, directeur général délégué de Valneva. L’officine présente l’avantage de voir ce flux de patients et de le repérer facilement. Or, les Français sont encore trop nombreux à voyager sans prévention particulière et à prendre le risque d’importer des maladies. »
Pathologies émergentes
En outre, certains vaccins sont à la main du pharmacien car ils figurent dans le calendrier vaccinal pour des populations particulières (hépatite A, méningite), mais il ne peut les utiliser hors de ces recommandations. En l’occurrence pour vacciner un voyageur. Ou même pour « vacciner une personne de 22 ans qui souhaite recevoir Gardasil », remarque Luc Besançon, délégué général de Nères. Sans même évoquer les vaccinations peu implantées en France telles que celles contre « l’encéphalite japonaise, le choléra, la fièvre typhoïde, la dengue, désormais le chikungunya… », énumère Nicolas Arvis. Pourtant, ajoute-t-il, « nous serions bien inspirés de faire du pharmacien un prescripteur des vaccinations du voyageur dès maintenant pour préparer le système de santé à l’émergence potentielle de pathologies liées au déplacement des populations et au réchauffement climatique ».
Délister sans dérembourser
Quels autres actes pourraient devenir pharmaceutiques à l’avenir ? Pour Luc Besançon, les missions de premier recours peuvent être obligatoires et généralisées, optionnelles et prises en charge par l’Assurance maladie, autorisées mais non financées par la solidarité nationale, ou encore plus locales, par le biais de protocoles instaurés en CPTS par exemple. Il invite à se demander si les futures missions devront forcément être celles du pharmacien, et donc réalisées par le titulaire ou son équipe, ou bien celle de l’officine. Dans ce cas, à l’image de ce qui se fait au Portugal, au Danemark, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, il est possible de déléguer la mission à un professionnel libéral qui vient exercer à des moments prédéfinis dans la pharmacie. Autre piste bien avancée : généraliser les actes du dispositif Osys. « C’était dans le plan d’action du ministre Valletoux lorsque nous avons échangé en juin dernier », regrette Philippe Besset.
Par ailleurs, Nères plaide pour délister sans dérembourser près de 100 molécules qui sont à la main des pharmaciens dans d’autres pays, et ainsi « doubler l’arsenal » tout en répondant aux enjeux d’accessibilité et d’économie. « Cela repose sur la volonté politique, mais la sélection des molécules revient à l’ANSM », souligne Paul-François Cossa, président de Nères et directeur général d’Opella. Un souhait qui a bien failli être exaucé, mais l’accord du 21 novembre dernier entre le gouvernement et le Leem incluant ce sujet est tombé avec le PLFSS pour 2025. Malgré le flou politique actuel, la réflexion se poursuit. À ce stade, si le délistage paraît intéressant, la FSPF milite davantage pour une dispensation protocolisée, avec un parcours de soins officinal et une rémunération à l’acte.