Un gisement d’économies gagnant-gagnant
Le déploiement du marché des biosimilaires est un levier d’économies pour l’Assurance maladie. Elle incite médecins et pharmaciens à apporter leur contribution. Une méthode mise à mal par le gouvernement.
1 août 2025
Même si la FSPF regrette que l’ANSM ait choisi d’exclure les insulines, l’autorisation de substitution dans 6 nouveaux groupes biosimilaires (soit 9 au total) depuis fin février – en plus de l’égalisation de marge obtenue il y a un an –, était de bon augure. Car ce marché devrait approcher les 2 milliards d’euros d’ici à 2 ans, selon Antoine Collet, directeur des panels chez Iqvia, qui constate une amélioration des taux de pénétration ces derniers mois. Il n’empêche que le taux global parvient péniblement à 40 % à mai 2025, là où il culmine à plus de 85 % pour les génériques, avec de fortes disparités selon les molécules. Ainsi, l’énoxaparine (Lovenox), dont le taux de pénétration était de 21 % en 2024, atteint désormais les 62 %. A contrario, le ranibizumab (Lucentis) ne grimpe que de 6 à 13 %. « Nous sommes au tout début de l’aventure. Il va falloir poser les bases de notre rôle dans la croissance des biosimilaires », remarque Philippe Besset, président de la FSPF.
Ressource vitale
En raison des pertes de brevet prévues à court et moyen terme, le potentiel « est énorme », ce qui en fait « un marché d’avenir pour l’Assurance maladie », indique Sophie Kelley, qui y est responsable du département des produits de santé. Et de citer l’arrivée très attendue des biosimilaires d’Eylea, Stelara et RoActemra avant la fin de l’année, et de Xolair en 2026. Elle insiste surtout sur le fait que la Cnam n’a pas la main sur les décisions du gouvernement quant aux remises, elle ne peut que donner son avis, au même titre que les autres acteurs de la chaîne du médicament. « Le directeur général a ainsi rappelé, d’une part, qu’il fallait un cadre attractif pour les biosimilaires car ils sont une ressource vitale pour l’Assurance maladie, et d’autre part, qu’il fallait toucher de manière mesurée aux autres paramètres de l’équation, de façon à aboutir à un résultat raisonnable et à lever les inquiétudes. » Son rapport Charges et Produits, dévoilé début juillet, préfère d’ailleurs accompagner le pharmacien en proposant, par exemple, de mettre en place le tiers payant contre biosimilaires.
Compensations conventionnelles
C’est d’ailleurs dans l’optique de motiver la profession que la Cnam a inclus la substitution biosimilaire dans la Rosp exceptionnelle de l’an dernier et a introduit des objectifs de substitution sur deux molécules biologiques (ranibizumab et ustékinumab) dans la Rosp jusqu’alors dévolue aux seuls génériques. Ces mesures ont été mises en place dans l’avenant économique signé en juin 2024, ce dernier comprenant un « tableau de cadrage qui prévoit l’évolution pluriannuelle de la rémunération des officines intégrant l’évolution des génériques », rappelle Philippe Besset. C’est pourquoi, « si le gouvernement maintient sa proposition sur le plafond des remises génériques, nous appellerons à des compensations par d’autres mesures conventionnelles », assure-t-il. Une chose est sûre, conclut le président de la Fédération, « nous sommes mobilisés et nous le resterons tant que nous n’aurons pas obtenu une politique gagnant-gagnant sur les génériques et les biosimilaires. Nous irons jusqu’au bout. »

De gauche à droite : Antoine Collet, directeur des panels chez Iqvia ; Sophie Kelley, responsable du département des produits de santé à l’Assurance maladie ; et Philippe Besset, président de la FSPF. © Nicolas Kovarik